Un parfum capiteux flotte sur la scène, mais la menace rampe toujours en silence. Peut-on vraiment compter sur une brassée de lavande pour tenir à distance ces légions de termites qui rongent nos maisons ? L’image a de quoi séduire : d’un côté, la douceur apaisante de la Provence, de l’autre, les mandibules affamées des envahisseurs invisibles. Le contraste est saisissant, presque ironique.
Derrière cette opposition, une interrogation persiste, attisée par les récits de jardiniers et une ribambelle de conseils glanés au fil des générations : la lavande, star des bordures odorantes, attire-t-elle les termites ou les fait-elle fuir ? La réponse a de quoi bousculer quelques certitudes, aussi bien sur nos pratiques au jardin que sur la façon de protéger nos intérieurs.
Termites : habitudes, terrain de chasse et tactiques bien rodées
Pour les termites, aussi connus sous le nom de fourmis blanches, la discrétion n’est pas une option, mais une règle de survie. Leur cible favorite : le bois et tout ce qui renferme de la cellulose. Sur le territoire français, deux types s’affrontent : les souterrains, qui manœuvrent sous la surface, et les termites de bois sec, dont les festins se déroulent à l’intérieur même de nos charpentes et meubles.
Voici comment ces deux espèces se distinguent et sévissent :
- Les termites souterrains édifient des réseaux de termitières sous la terre, puis s’infiltrent dans les habitations via des galeries camouflées, souvent découvertes trop tard.
- Les termites de bois sec élisent domicile directement dans le matériau qu’ils consomment, laissant derrière eux des traces bien particulières : excréments granulés, meubles fragilisés, bois troué de l’intérieur.
Le sud de la France, du Gard à l’Hérault, des Pyrénées-Orientales jusqu’à l’Aude, reste la zone de prédilection de ces colonies capables d’atteindre cinq millions d’individus et de couvrir une surface de plus de 600 m². Leur avancée dépend parfois de l’essaimage, parfois d’un éclatement de la colonie d’origine.
Des indices précis doivent mettre la puce à l’oreille : sciure fine, petits amas d’excréments, galeries sinueuses, bois qui résonne de façon creuse sous les doigts. Toujours en quête d’humidité et d’obscurité, ces insectes xylophages évitent la lumière et s’installent là où personne ne les attend.
La lavande : un rempart végétal… mais pour qui ?
La réputation de la lavande n’est plus à faire : cette plante répulsive brille par son parfum singulier, dominé par le linalol et le camphre. Ce cocktail aromatique dérange de nombreux nuisibles, moustiques, mites, mouches et autres hôtes indésirables préfèrent fuir ce territoire parfumé.
On retrouve la lavande sèche glissée dans les penderies pour écarter les mites textiles. Au jardin, elle trace des bordures colorées tout en marquant une frontière olfactive efficace contre certains insectes. Mais ce pouvoir ne s’étend pas à tous les envahisseurs.
Quelques exemples concrets d’action de la lavande :
- Effet répulsif reconnu sur les moustiques, guêpes, mites et pucerons.
- Les abeilles et papillons, attirés par la lavande, assurent la pollinisation et la richesse du jardin.
Dans un jardin méditerranéen, la lavande s’impose comme une réponse naturelle aux répulsifs chimiques. Qu’elle soit plantée, distillée en huile essentielle ou simplement séchée en bouquets, elle conjugue esthétique, parfum et une certaine forme de protection, sans bouleverser l’équilibre entre nuisibles et auxiliaires.
Termites et lavande : fantasme ou réalité ?
La croyance dans une lavande anti-termites circule avec persistance. Pourtant, la réalité ne suit pas le récit. Les termites, qu’ils vivent sous terre ou dans le bois, ne s’intéressent qu’à la cellulose. Or, la lavande en contient à peine, ce qui la rend totalement insignifiante à leurs yeux.
Le parfum puissant qui incommode tant de petits insectes laisse les termites indifférents. Les études de terrain le confirment : planter de la lavande près de sa maison ou en disposer à l’intérieur ne freine en rien l’avancée des colonies. Aucune substance issue de la lavande ne dévie les termites de leur chemin. Résultat, ils n’y voient ni menace, ni intérêt : la plante passe complètement sous leur radar.
- La progression des termites demeure intacte, qu’il y ait ou non de la lavande à proximité.
- Les propriétés répulsives de la lavande concernent d’autres insectes, pas les termites.
L’idée reçue trouve parfois sa source dans le sud, où lavande et maisons boisées cohabitent, justement là où les termites sont les plus actifs. Mais il ne s’agit que d’une coïncidence : les colonies poursuivent leur œuvre sans s’arrêter devant la moindre touffe de lavande. Pour enrayer leur avancée, il faut des méthodes plus radicales et ciblées.
Comment tenir les termites à distance : gestes utiles et réflexes à adopter
Pour limiter les dégâts d’une invasion de termites, il faut apprendre à reconnaître les signes : tunnels en terre le long des murs, sciure, petits tas de déjections, galeries creusées à l’intérieur du bois ou ce son creux qui résonne sous la pression. Une porte qui frotte soudainement ou la découverte de termites ailés sont des signaux d’alarme : l’infestation est déjà avancée.
Avant toute intervention, solliciter un spécialiste du traitement du bois est la première étape. Ce professionnel identifie les failles, pose un diagnostic précis et choisit la méthode la mieux adaptée. Un label comme le CTB A+ reste un repère fiable pour évaluer le sérieux de l’expertise.
En matière de prévention, certaines habitudes permettent de limiter les risques. Voici celles qui, combinées, offrent une protection accrue :
- Aérer régulièrement les espaces sujets à l’humidité.
- Éviter tout contact direct entre le bois et le sol.
- Élaguer les végétaux qui touchent les murs.
- Utiliser des pièges à cellulose pour détecter la présence des termites.
Mais si la colonie est déjà bien implantée, il faut des solutions radicales : injection de produits adaptés, pulvérisation ciblée, pose de barrières chimiques… Des mesures qui exigent la main experte d’un professionnel.
La lavande parfume l’atmosphère, mais contre les termites, elle n’a pas d’emprise. Seule une vigilance constante et des actions ciblées stoppent leur avancée silencieuse. Pendant que la lavande veille sur l’air, les termites poursuivent leur œuvre, implacables et ignorants de ce parfum. Rester attentif, c’est refuser de leur laisser le dernier mot dans cette course souterraine.


